Artiste
Portrait de Awa Isoa

Awa Isoa

Origine
Martinique 🇲🇶 · Madagascar 🇲🇬
Nom
Gary Mampiono
Dario Della Noce x Awa Isoa – MDN MRS MDN MRS

Biographie

Né en banlieue parisienne d’une mère martiniquaise et d’un père malgache, Awa Isoa grandit dans un bassin où musiques caribéennes et malgaches se mêlent aux ménages du dimanche matin. Ses oreilles d’enfant ne discernent pas tout le temps de quel océan viennent quelles sonorités. Son amour du son prend racine dans la complicité avec son grand frère. Ensemble, ils écoutent Doc Gynéco, Neg Marrons, Arsenik, MC Janik, Ministère AMER. À travers son amour pour le Secteur ä, son frère lui transmet plus que des sons : il lui raconte les histoires, décrypte les textes, souligne l’importance de voir des figures d’origine antillaise dans le rap français. C’est là que naissent ses premières vraies influences. Quand le frère s’absente, les CD deviennent interdits : Awa désobéit, écoute en cachette, les rayures sur les CD le trahissent. Cette chasse discrète tisse un lien secret, sacré, avec la musique. 

Awa Isoa a huit ans quand la famille s’installe en Martinique. Les 150 ans de l’abolition de l’esclavage sont célébrés à Fort-de-France. Les rues sont en fête, la mémoire est en marche, les ti-bwas résonnent. Cette ambiance transcendante s’imprime profondément en lui. Son père s’éloigne jusqu’à disparaitre et les musiques malgaches s’effacent avec lui. Le Zouk, le Konpa, la Biguine prennent la place dans les ambiances familiales. Son frère se passionne pour la scène dancehall locale et jamaïcaine : Karukera Sound System, Ruff Negs, Metal Sound, Papa Tank, les compilations VP Records et Greensleeves tournent en boucle. Awa Isoa continue de tout absorber en silence. 

Au collège, Awa Isoa prend un électro-choc : l’album Mozaïk Kréyol d’Admiral T. Cette fois, ce n’est plus l’idole du frère, c’est la sienne. Admiral T devient une figure à part entière, un nouveau modèle à imiter, qui lui donne envie d’exister à sa manière. Inspiré, Awa Isoa écrit ses premiers textes en cachette, tentant de maîtriser le fast-style. Lorsque son frère part chercher du travail en France, il laisse une boîte pleine de CD gravés, marqués au feutre bleu : Martial Arts Riddim, X5 Riddim, Full Hundred Riddim… Awa Isoa explore seul ce trésor. Cette fois, plus de médiation fraternelle : la musique devient un héritage à décoder seul, un langage intime. 

Avec ses amis du Lycée Schoelcher, ils se passionnent pour le New Roots Jamaïcain : Jah Mason, Turbulence, Lutan Fyah, Anthony B, Queen Ifrica deviennent des acolytes. Au même moment, le rap français refait surface. Ouest Side de Booba tourne en boucle, mais ce sont Casey et La Rumeur qui provoquent le vrai séisme. Leurs textes sont l’écho des discours anticoloniaux de Monsieur Valéjo, son professeur d’histoire-géo. Dans sa chambre, Awa Isoa commence à écrire du rap en français, tout en continuant ses lyrics dancehall en créole. Il jongle en secret entre deux voix, deux langues, deux rythmes, sans trop savoir quoi en faire. 

À 18 ans, il part faire ses études en France et découvre Marseille. Le déracinement creuse un vide que la musique comble : Kassav, Malavoi, La Perfecta deviennent des refuges dans l’exil. Il redécouvre Eugène Mona, dont la puissance vocale et spirituelle marque profondément son imaginaire. Peu à peu, Marseille et Awa Isoa s’adoptent. Il y fonde le groupe de rap Ladja avec Dario Della Noce, Zay et Pépos. Une aventure collective, fraternelle, parfois militante, où il affine son écriture et son goût du partage. 

En 2024, il se lance en solo avec Lumina, un EP conçu comme une cérémonie spirituelle. Il y détourne la messe chrétienne pour l’infuser de créolité martiniquaise. Tambours Ka de Stéphane Simon, textures électroniques de Pépos : Lumina devient une oeuvre de mémoire et d’insurrection spirituelle. Eugène Mona y rode discrètement comme une inspiration souterraine. 

En 2025, il ouvre un nouveau chapitre avec Sinobol, un EP produit par Dario Della Noce. Ensemble, ils distillent une musique d’hybridation – entre rap, afroswing et dancehall – avec la profondeur et la subtilitĂ© d’un rhum vieux XO. Sinobol creuse le thème du silence — celui qui enferme ou apaise, celui qui protège ou isole. 

Awa Isoa, c’est la musique d’un enfant grandissant à la croisée des héritages : l’amour du rap, le souffle du reggae-dancehall, la magie de la créolité. Un son hybride, à l’image d’une diaspora antillaise en quête de sens, de fête et de révolte. 

Discographie

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